Syrie et Moyen-Orient, poudrière de la troisième guerre mondiale?

Plusieurs observateurs estiment que la troisième guerre mondiale prendra naissance au Moyen-Orient autour du conflit en Syrie. Certains estiment même que cette guerre a été enclenchée lorsque la Turquie a abattu un avion russe au mois de novembre.

Bush stampSoit dit en passant, j’estime personnellement qu’une guerre mondiale (la quatrième, si on inclut la soi-disant « Guerre froide ») est de toute évidence en cours depuis septembre 2001, lorsque le pathétique sociopathe George W. Bush a déclaré la « Guerre à la Terre/ur » (War on Terror)…

Quoi qu’il en soit, la situation au Moyen-Orient — dont la soi-disant « crise des réfugiés » est un élément essentiel — demeure délibérément obscurcie par les autorités occidentales et leurs pressetituées.

Le collectif familial anonyme Storm Clouds Gathering (librement traduit, Formation de cellules orageuses) a tout récemment publié une vidéo qui explique clairement les joueurs, leurs alliances et leurs motifs. Vous pouvez visionner cette vidéo ci-dessous, suivie de la traduction de la narration.

Henri Thibodeau RiderInBlack


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Click here to read English transcript on Storm Clouds Gathering


Troisième guerre mondiale – Le nouvel axe du mal

Storm Clouds Gathering | 28 janvier 2016 | Traduit de l’anglais par Henri Thibodeau RiderInBlack

Les alliances et les acteurs interposés sur le front syrien

L’idée que l’humanité chancelle au bord du gouffre de la troisième guerre mondiale ne relève plus du domaine de la frange lunatique.

Ceux d’entre vous qui portent attention aux événements savent qu’en réalité, la guerre est déjà en cours. Dans cette vidéo, nous allons examiner les profils des acteurs clés et les alliances qu’ils ont formées, exposer leurs motifs, et présenter des preuves des crimes qu’ils ont déjà commis. Toutes nos sources sont indiquées ci-dessous.*

La carte des alliances

La Russie, la Chine et l’Iran ont tous explicitement pris position en faveur du gouvernement syrien. La Russie lui apporte un soutien aérien, des systèmes de missiles antiaériens évolués, des armes lourdes, et de la formation.

L’Iran, pour sa part, a des troupes sur le terrain.

Pour l’instant, la Chine est plus préoccupée par les tensions persistantes dans la mer de Chine du Sud, et elle n’a pas fléchi ses muscles en Syrie pour le moment. Cependant, elle doit toujours être considérée comme un joker imprévisible.

Le gouvernement irakien actuel est également un joker. En 2015, ils ont commencé à indiquer de plusieurs façons de quel côté leur loyauté penchait. Par exemple, ils ont indiqué au gouvernement des États-Unis que de nouvelles opérations militaires sur le terrain ne sont pas les bienvenues, alors que dans le même temps ils ont annoncé leur intention de se tourner vers la Russie pour obtenir de l’assistance militaire.

La liste des pays qui poussent à un changement de régime en Syrie est un peu plus longue : États-Unis, France, Angleterre, Allemagne, Arabie Saoudite, Jordanie, Qatar, Turquie et Israël. Si le fait de voir ces personnages dans le même lit vous semble étrange, un examen de leurs motifs clarifiera considérablement les choses.

Une matrice de motifs

Il n’y a pas de motif unique derrière ce bain de sang. Plutôt, il s’agit d’une matrice de motifs qui se recoupent de manières parfois étranges.

Bien sûr, l’argent devait jouer un rôle.

En 2009, le Qatar a mis de l’avant un projet de construction d’un pipeline de gaz naturel qui aurait passé par l’Arabie Saoudite, la Jordanie, la Syrie et la Turquie, vers l’Europe. Le président de la Syrie, par contre, a rejeté cette proposition. Au lieu de cela, en 2011, il a forgé un pacte avec l’Irak et l’Iran pour construire un pipeline vers l’est qui éliminerait complètement de la boucle le Qatar et l’Arabie Saoudite.

C’est à peu près à cette époque que des djihadistes ont commencé à inonder la région avec l’intention d’évincer Assad. L’Occident a présenté ces groupes comme des combattants de la liberté.

Géopolitique sectaire

La grande majorité de ces militants (ISIS/Daech inclus) sont des djihadistes sunnites, ce qui est important, parce que l’Arabie Saoudite, le Qatar, la Turquie et la Jordanie sont tous également sunnites.

Et l’Arabie Saoudite en particulier soutient depuis longtemps la diffusion de leur souche préférée de l’extrémisme sunnite (le wahhabisme) en investissant massivement dans la construction de mosquées, de madrasas, d’écoles et de centres culturels sunnites à travers le monde musulman. Maintenant, ils ont ISIS pour appuyer cette stratégie par le canon d’un fusil (ISIS adhère à la forme wahhabite de l’islam sunnite).

ISIS est non seulement une sombre aberration. Le wahhabisme en tant que philosophie appelle ses adhérents à prendre les rênes du pouvoir par la force, et à imposer la charia. Le wahhabisme encourage également ses adeptes à persécuter les musulmans chiites, qu’ils considèrent comme des apostats. Et bien sûr, l’apostasie est punissable par la mort.

L’Iran est chiite. Le gouvernement actuel en Irak est chiite, et il entretient des liens étroits avec l’Iran. Le contrat pour la construction d’un pipeline qu’Assad avait accepté renforcerait ce bloc chiite, et son influence régionale. Les sunnites n’aiment pas cela, en fait ils ont même inventé un terme pour décrire ce développement : le Croissant chiite.

Israël n’aime pas non plus ce « croissant chiite », pas du tout, et le gouvernement israélien a décidé de collaborer avec les sunnites pour former un bloc parallèle afin de contrebalancer l’influence de l’Iran.

Voilà pourquoi Israël a lancé de nombreuses frappes aériennes contre le gouvernement syrien au fil des années (voir ici, ici, et ici), et a fourni des soins médicaux, du soutien logistique et un passage sûr à des djihadistes notoires.

En 2013, l’ambassadeur d’Israël aux États-Unis, Michael Oren, a déclaré au Jerusalem Post que « Le message initial sur la question syrienne était que nous avons toujours voulu que [le président] Bashar Assad démissionne; nous avons toujours préféré les méchants qui ne sont pas soutenus par l’Iran aux méchants qui ont été soutenus par l’Iran. »

C’était le cas, a-t-il dit, même si les autres « méchants » étaient affiliés à al-Qaida.

Réfléchissez à cela un moment…

Activités criminelles démontrées

À ce stade, si vous demandiez directement à l’un de ces gouvernements pourquoi ils arment et financent les djihadistes en Syrie, ils soutiendraient qu’ils ne font que soutenir les « rebelles modérés », en particulier lArmée syrienne libre (ASL). Toutefois, des commandants de l’ASL ont déclaré publiquement qu’ils coopèrent et mènent des opérations conjointes avec Al-Nusra (branche officielle d’Al-Qaïda en Syrie); ISIS et Al-Nusra ont officiellement formé des alliances; et il est bien établi que le commandement de l’ASL est dominé depuis des années par des extrémistes islamistes.

En outre, un groupe de réflexion fondé par Tony Blair a publié un rapport en 2015 concluant qu’il était inutile d’essayer de faire une distinction entre les rebelles et les djihadistes modérés, puisque la majorité de ces groupes partagent le même système de croyances fondamental qu’ISIS, et qu’ils imposeraient la charia s’ils prenaient le pouvoir.

Dans ce contexte, le soutien apporté à ces groupes ne peut être interprété que comme un soutien manifeste au terrorisme, qui est un crime.

Par ailleurs, le gouvernement des États-Unis a, depuis 2011, armé, financé et entraîné ces extrémistes, à la fois en secret et ouvertement. Toutefois, ce soutien aurait été impossible sans l’aide des membres de l’axe régional anti-Assad.

Depuis des années, la Jordanie permet à la CIA d’exploiter des camps d’entraînement pour les groupes militants, tout en permettant à ces militants de passer en toute sécurité vers la Syrie.

Le Qatar a également fourni des terrains d’entraînement. En 2014, [le réseau de télévision américain] PBS a visité l’un de ces camps d’entraînement et a interviewé certains des « stagiaires ». L’un des combattants a déclaré aux journalistes qu’on les entraînait à « finir des soldats encore en vie après une embuscade. »

Achever des soldats blessés est une violation flagrante des Conventions de Genève. C’est un crime de guerre. Ceci est une caractéristique d’une organisation terroriste, pas de combattants de la liberté modérés.

La Turquie a été depuis de nombreuses années la principale voie d’accès pour le matériel et le personnel qui entre et sort du territoire djihadiste. Un exemple flagrant de ceci, c’est que 400 tonnes d’armes pillées dans les arsenaux de Kadhafi [en Libye] ont été expédiées en Turquie, puis transférées en Syrie en 2012. À ce stade, ils n’essayaient même pas de le cacher, même s’il était déjà clair que les djihadistes recevaient la part du lion de ces armes.

La Jordanie, l’Arabie Saoudite et le Qatar ont également contribué au transfert d’armes lourdes directement à Al-Nusra par l’entremise de centaines de vols de fret vers la Syrie.

isis-toyotaEt puis, il y a les fameux camions Toyota conduits par ISIS. Des fonctionnaires du contre-terrorisme américain ont prétendu enquêter sur la provenance de ces camions, mais il aurait été beaucoup plus simple de contacter le Département d’État des États-Unis qui, selon PRI, fournit depuis des années des Toyota Hilux (le modèle exact utilisé par ISIS) à l’ASL.

« Du matériel particulier comme les Toyota Hilux sont ce que nous appelons des multiplicateurs de force pour les forces de l’opposition modérée sur le terrain » [a indiqué Oubai Shahbander, un conseiller pour la coalition nationale syrienne établi à Washington]. Shahbander dit que les camionnettes fournies par les É.-U. transporteront des troupes et du matériel vers les combats. Une partie de la flotte deviendra même des armes sur le champ de bataille. « Vous pouvez absolument vous attendre à ce que bon nombre de ces camions soient équipés de mitrailleuses avec serveurs de pièce ou d’un autre type d’équipement militaire, équipement militaire auquel les forces de l’opposition ont accès. Je veux dire, c’est l’une des raisons pour lesquelles le Toyota Hilux est un multiplicateur de force si important, car il pourrait être utilisé aussi bien à des fins humanitaires et qu’à des fins opérationnelles. »

Une fois que l’on connaît la véritable chaîne d’alliances entre ces différents groupes, il est parfaitement logique qu’ISIS finisse derrière le volant.

Et n’oublions pas le pétrole. À ce stade, ISIS a atteint un point où il n’a plus besoin de contributions directes. L’organisation engrange environ 1 à 2 millions de dollars par jour grâce à la vente de pétrole. Les États-Unis étaient au courant de cela, mais ils n’ont rien fait pour y mettre un terme. Ils n’ont même pas condamné le pays qui a facilité la vente de ce pétrole.

Isis oil tankersLa Russie, d’autre part, a commencé en novembre 2015 à cibler les convois de pétrole dirigés vers la Turquie. Peu de temps après, la Turquie a abattu un Su-24 russe qui avait prétendument violé l’espace aérien turc pendant 17 secondes. En réponse, la Russie a publié des données provenant de satellites qui, selon elle, démontrent que la Turquie effectue la contrebande du pétrole provenant d’ISIS. Le gouvernement américain a rejeté cet élément de preuve, tout en n’ayant aucune preuve contraire à présenter.

Alors, où va le pétrole? Nous sommes simplement censés ignorer ce petit détail.

Ils savaient, mais ils n’ont rien fait. Pourquoi?

Russia's President Vladimir Putin speaks during a media conference after a G-20 summit in St. Petersburg, Russia on Friday, Sept. 6, 2013. World leaders discussed Syria's civil war at the summit but looked no closer to agreeing on international military intervention to stop it. (AP Photo/Alexander Zemlianichenko)

« Réalisez-vous ce que vous avez fait? » ― Vladimir Poutine, devant les Nations Unies, 28 septembre 2015 (Photo datant de 2013, AP/Alexander Zemlianichenko)

Bien sûr, je suppose qu’ils n’ont pas interpellé la Turquie pour avoir acheté ce pétrole simplement parce qu’ils ne voulaient pas chagriner Erdogan.

Recette pour un désastre

Il n’est évidemment pas dans l’intérêt de l’axe anti-Assad d’éliminer ISIS. Les États-Unis et la France sont prêts à faire une démonstration de frappes aériennes et à déployer des forces d’intervention spécialisées, mais ce qu’ils veulent vraiment, c’est la capacité d’intervenir militairement en Syrie. C’est pour eux la seule façon d’avoir une chance d’influencer le résultat.

L’ennui, c’est que la Russie s’est incrustée. Contrairement aux États-Unis et à la France, la Russie est autorisée à intervenir dans le pays, ce qui lui a permis de mettre en place des bases, et une robuste grille de défense antiaérienne qui peut être utilisée à tout moment pour faire respecter une zone d’exclusion aérienne.

Washington est en position de faiblesse. Elle ne peut pas vraiment gagner sous cet angle, alors elle devra trouver un moyen de mettre la Russie hors d’équilibre et de reprendre de l’élan.

Il est important de se rappeler les véritables enjeux de ce conflit. L’Occident est dans un état de déclin. Son influence est en déclin. Si les États-Unis et leurs alliés ne parviennent pas à éliminer Assad du pouvoir, ils auront à faire face à bien plus qu’un robuste croissant chiite. S’ils échouent, ils risquent d’être évincés de toute la région, et remplacés par la Russie. Ce serait donner à la Russie un énorme effet de levier sur les marchés mondiaux de l’énergie, et cela aurait bien sûr des conséquences graves pour le pétrodollar. Pour Washington, ce résultat est inacceptable, alors attendez-vous à l’inattendu.


Notes du traducteur

  • *J’ai reproduit les liens contenus dans le texte original; toutefois, ils pointent tous vers des sources en anglais.
  • Les ajouts entre [crochets] sont de moi.
  • J’ai ajouté quelques photos.
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One Response to Syrie et Moyen-Orient, poudrière de la troisième guerre mondiale?

  1. bm810667 says:

    Intéressant. Nous verrons si les Etats-Unis sont en position de faiblesse avec la bataille de Raqqa. Vont-ils essayer de prendre la ville pour couper la Syrie en deux et isoler ainsi la Syrie de l’Irak pour briser l’axe Chiite?

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